C'est dimanche. Tout est calme dans la ville de Sens que je connais depuis les années 60. Entré par le porche, on découvre les jardins et le musée, à l'ombre du dos de la cathédrale.

La première vitrine montre un choix parmi les milliers de tampons accumulés en trente ans.

En 1983, Willem m'avait surnommé
"Le tamponneur fou" dans sa chronique de
Libération. Je crois toujours être à la hauteur du surnom, mis à part qu'aujourd'hui, avec ce recul du temps, je pourrai ouvrir un Musée du Tampon! En tout cas, ici, il m'a été difficile de faire un choix dans cette profusion collectée.

On tourne un peu le regard à gauche et l'on découvre
"La biche dans les bois", peinte l'été dernier. Je voulais faire entrer dans un musée ce sujet populaire, mais en le dynamitant. Cette biche, oui, mais dans un cadre contemporain, avec tout le merdier qui va avec. Tout comme peindre un bouquet de fleurs me ferait naturellement figurer des abeilles mortes par les pesticides au pied du vase. L'irresponsabilité de décideurs au nom du profit et du politiquement correct est un très bon sujet en peinture. Je dis ça comme ça au passage, mais si vous avez envie de continuer de peindre de
jolis bouquets de fleurs, c'est votre droit!

Bon, on ne s'énerve pas, restons calme. Juste à côté, deux vitrines avec mes
"graphzines", ancêtres du blog, un bulletin périodique d'humeur avec dedans des textes et dessins énervés que j'avais réalisés, mais aussi ceux de mes amis artistes. Malheureusement, tout ça est depuis épuisé et les pages ne seront pas ouvertes. Je trouvais d'ailleurs très beau cet alignement coloré, presque "conceptuel".

Il faut dire que les
graphzines ont été très en vogue dans les années 80/90, avant que l'ordinateur ne balaie ce "mouvement". Avec mes copains Placid & Muzo, Toffe & Gerbaud, Jocelin, Elles sont de sorties, Bazooka, et tous les autres, nous étions dans un bouillonnement graphique intense avec cet artisanat furieux qu'étaient nos publications hors-normes.

Plus loin, deux toiles,
"Ceux d'en haut, ceux d'en bas" et
"68/2008, état des lieux", dont Jean-Louis Pradel écrit, je cite:
"Les pelletées des fossoyeurs n'y pourront rien, le cadavre tant redouté par le pouvoir de l'argent bouge encore".

On baisse un peu la tête et là, montrés pour la première fois, mes carnets de collages devant théoriquement être protégés des méfaits de la lumière. Les encres à tampons ont la fâcheuse tendance à disparaître au fil du temps, mais c'est une règle du jeu que j'ai acceptée dès mes débuts.

La caméra un peu à gauche, merci! Là, on aperçoit la première partie de la série
"L'incendie du sanatorium des coïncidences exagérées". Dix toiles au format 0,80 x 0,80 cm, dont le sujet a déjà été exploré dans ce blog.

Voici la deuxième série sur le même sujet. Encore dix peintures pétillantes.

Juste en dessous, dans cette vitrine, les cahiers d'écoliers contenant la centaine de dessins m'ayant servi à préparer ces toiles.

Le public commence à arriver et je réponds aux questions et récolte les remerciements ou l'indifférence suggérés par l'exposition.

Les
"Illuminures", dernière série présentée, contraction d'enluminure et d'illusion, quatre peintures "sociales" ou plutôt "sociétales". Grands formats libres, posés comme des tapisseries, des kakemonos contemporains.
"Les résignés", 2,00 x 2,00 cm, montrant un panel d'humains se voilant la face devant la réalité désolante de notre époque.

Et pour finir, "Après nous le déluge?", même format que la précédente, et je cite à nouveau Jean-Louis Pradel : "Chacun de ses tableaux, aux accents de fanfare, est une marmite du diable en forme d'apocalypse rutilante où se concoctent à gros bouillons et petits secrets bien gardés, de savantes potions magiques comme autant d'indispensables contrepoisons d'un monde effrayé".
Exposition jusqu'au 14 juin 2009 au Musée de l'Orangerie à Sens. 89100.Les commentaires sont fermés: laissez vos commentaires sur: contact@lagautriere.com